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REFLETS : Magazine du Conseil Régional de Basse-Normandie |
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C’est en 1833 que l’atelier artisanal de menuiserie de Saint-Sulpice-sur-Risle devient un atelier de production en série sous l’impulsion de Benjamin BOHIN, alors âgé de… 11 ans ! Les usines BOHIN délaisseront le bois pour les aiguilles à coudre et la mercerie, qui font aujourd’hui sa renommée internationale.
Entre légende et fait historique avéré, on lit et l’on entend que le jeune Benjamin aurait pris le contrôle de la manufacture en même temps qu’il endossait le rôle de patron, aussi ambitieux qu’ingénieux et visionnaire. Durant la décennie qui va suivre, une quinzaine d’ouvriers est alors employée à produire divers modèles de boîtes en bois. Guidé par un esprit inventif et l’enthousiasme de la révolution industrielle, Benjamin BOHIN a su mettre à profit à la fois une imagination foisonnante et un sens des affaires redoutable. Il utilisa les techniques déjà présentes dans la région, mais également les entreprises et manufactures situées le long de la Risle puisqu’il les racheta toutes. Et de se lancer, à partir de 1860, dans la production d’aiguilles à coudre, lorsque tout le monde ne jure que par celles fabriquées en Angleterre et en Allemagne. Qu’à cela ne tienne : Benjamin BOHIN y envoya son fils pour étudier leurs moyens de fabrication, et acheter également leurs machines. De quelques personnes au début du XIXe siècle, les manufactures BOHIN ont compté jusqu’à 600 employés avant la Première Guerre Mondiale. |
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|  |  L'épingle à tête de verre, un produit unique en France. En tournant sur elle même, l'épingle donne la forme arrondie de sa tête |
« L’entreprise BOHIN a toujours eu une grande ouverture à l’internationale. Benjamin, le fondateur, avait d’ailleurs réalisé le tour du monde à 70 ans… », commente aujourd’hui Didier Vrac, à la tête de BOHIN FRANCE depuis 1997, succédant à cinq générations de BOHIN. « cet historique de la société est très important, aujourd’hui encore, tant socialement que culturellement et commercialement. Il existe toujours une image très forte de l’entreprise, une réelle culture d’entreprise. » Certes, l’entreprise BOHIN n’a pas échappé aux crises modernes de la concurrence et des difficultés structurelles. Liquidée en 1997, elle est aujourd’hui à nouveau sereine et animée par le dynamisme de ses débuts. A la tête d’un effectif de 49 personnes, Didier Vrac, ancien responsable des achats puis directeur commercial chez BOHIN, entend poursuivre les efforts entamés il y a sept ans pour redonner à la société - aujourd’hui BOHIN FRANCE - tout son essor et tout son dynamisme, ainsi que son ouverture sur les marchés internationaux. Recentrée sur son activité première de mercerie et de fabrication d’aiguilles, Bohin France trace désormais sa route en toute indépendance, parallèlement à Bohin Industrie, spécialisée dans la fabrication de produits high tech en acier destinés aux secteurs du médical, de l’électronique, de la plasturgie, de la musique, du tatouage ou encore de l’aérospatial. Les deux sociétés cohabitent cependant toujours sur le même site historique, à Saint-Sulpice-sur-Risle, partageant des locaux aussi atypiques qu’intemporels. |
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Vers une diversification de l'offre et de la demande |
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 Amatrice ou professionnelle, quelle couturière ne connaît pas la marque BOHIN ? |
BOHIN FRANCE est sortie du creux de la vague à la fin des années 90 grâce à la reprise du marché de la broderie, du décor d’intérieur et de la couture. Le renouvellement de ces activités traditionnelles s’est également accompagné du développement de nouveaux marchés. « Aujourd’hui, nous vendons plus d’aiguilles pour le patchwork que d’aiguilles à coudre ; et les Etats-Unis sont notre premier pays d’exportation, alors que ce marché nous était totalement étranger il y a quelques années encore », commente Didier Vrac. La couture, et plus particulièrement le patchwork, auquel le Metropolitan Museum de New York consacre plusieurs salles d’exposition, connaissent depuis quelques temps un véritable boum aux Etats-Unis. On assiste même à l’organisation de « café tricots », à la pointe de la mode. Leader en France, les aiguilles ornaises sont incontournables depuis des générations. Présente partout sur l’Hexagone, sauf en grande surface, Bohin France a su avant tout continuer de diversifier son activité, et étoffer continuellement son catalogue qui compte aujourd’hui plus de 3300 références de ventes, et 4500 produits de base. 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise provient de la fabrication, et 30 % des activités de négoce. Si elle représente environ 20 % du chiffre d’affaire de l’entreprise, l’aiguille reste bel et bien l’emblème et le produit phare de la marque. Un ensemble important de machines sur le site continue de fabriquer des produits uniques en France, à l’instar de l’épingle à tête de verre, disponible dorénavant en petite taille : 20 millimètres, un record mondial !
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Traditionnelle, moderne et propre |
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BOHIN FRANCE continue également d’occuper le marché de la papeterie en produisant trombones, agrafes et autres accessoires. Datant parfois d’avant 1929, ces machines, véritables robots tout droit sortis des Temps Modernes de Chaplin, fonctionnent toujours impeccablement, et témoignent aujourd’hui encore de l’esprit innovant de l’entreprise, et de la maîtrise d’un savoir-faire hors du commun. « Pas moins de douze étapes sont en effet nécessaires à la réalisation d’une aiguille, bien plus compliquée qu’il n’y paraîtrait au premier abord. D’où une importante exigence de qualité, d’organisation et de logistique », ajoute Didier Vrac. Si le côté intemporel des machines et des usines qui s’étalent sur près de 10000 m² confère au site un style d’intérêt quasi historique (d’ailleurs inscrit au répertoire supplémentaire des Monuments historiques), Bohin France n’en demeure pas moins à la pointe de la modernité dans la gestion et la transformation des matériaux industriels. En effet, soucieuse de préserver l’environnement, Bohin France s’est lancée dès 2001 dans un programme « Propre » concernant le recyclage des eaux après traitement de surface (nickelage). Dès mars 2002, date de l’arrêt de la station, elle a pu atteindre son objectif final, « Zéro rejet », et ainsi œuvrer pour un développement durable « qui nous a valu le premier prix régional de l’Association Qualité Management, catégorie Environnement », précise Didier Vrac, dont l’entreprise « reste tournée vers l’avenir. Nos principaux projets continuent de s’articuler autour de notre développement commercial à l’étranger, en concentrant nos efforts sur le marché américain. » Mais également vers le passé : un projet muséographique, sur le site même de Bohin France est en effet en cours d’élaboration.
Visite de l'usine ( sur rendez vous) - Cliquez ici |
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